mardi, juillet 24, 2012

Traduction d'un Article de Saul Newman idealistic studies - Empiricism, Pluralism and Politics in Deleuze and Stirner

Empirisme, pluralisme et politique chez Deleuze et Stirner.

 

Saul Newman

 

 

Préface du traducteur :

 

Pour faciliter la lecture de cet article nous avons doublé l’annotation de l’auteur d’une annotation particulière reprenant certaines références dans les paginations des textes originaux en français ou le cas échéant des traductions françaises existantes. Les notes de l’auteur sont marquées en bleu et regroupées, comme dans l’édition originale, à la fin du texte ; celles du traducteur sont en noir et disséminées au fur et à mesure du déroulement du texte en bas des pages.

 

Résumé :

 

Le but de l’article est d’examiner la logique du pluralisme empiriste dans le travail de Deleuze et de Stirner. Je suggère qu’il y a un parallèle entre la critique stirnerienne de l’idéalisme hégélien et de l’humanisme feuerbachien et la philosophie de la différence et du pluralisme empiriste de Gilles Deleuze.

Je vais explorer ces similarités à travers une discussion des approches que ces deux penseurs développent devant le problème de la représentation idéaliste, et du rejet de la différence corporelle qui en est une conséquence : pour Stirner, la représentation de l’individu comme étant l’Homme dans le discours humaniste, mène à une oppression fondamentale ; pour Deleuze, les structures universalisantes de la dialectique impliquent la subordination du différent au Même.

Ensuite, je rechercherai les conséquences politiques de ceci - à travers l’idée stirnerienne de l’insurrection individuelle et de l’égoïsme, et la notion deleuzienne de la pensée « rhizomatique » en opposition à la pensée centrée sur l’État - en développant à partir de là une éthique politique de la singularité.

 

 Introduction :

Le but de l’article est d’explorer la logique du pluralisme empiriste dans le travail de Gilles Deleuze et Max Stirner. Stirner et Deleuze sont deux penseurs rarement mentionnés ensemble. La pensée de Stirner émergea, comme scelle de Marx, des profondeurs de l’ombre de l’hégélianisme. Néanmoins, pendant que Marx tentait une inversion de Hegel sur des positions socialistes et collectivistes, Stirner développait une critique de l’idéalisme allemand qui était suprêmement individualiste et opposée aux unités conceptuelles. Sa philosophie de l’égoïsme était une défense de la différence individuelle contre les attaques des idées et abstractions essentialistes - comme le socialisme et l’humanisme - les « spectres » de l’idéalisme qui ont englobé l’individu sous une forme de généralité ou une autre. Deleuze, d’autre part, a été vu, de même que Foucault et que Derrida, comme l’un des penseurs « post-structuralistes » contemporains les plus influents, tandis que Stirner n’est généralement pas considéré comme un « post-structuraliste », et a été l’objet d’une attention insuffisante à la lumière de la réflexion contemporaine[i]. Deleuze est couramment perçu comme un philosophe de la différence. Sa critique des abstractions conceptuelles et sa célébration du multiple et du corporel mettent à contribution nombre de terrains divers, de la politique et la psychanalyse à la littérature et à la théorie cinématographique. Quoi qu’il en soit, c’est précisément dans cette valorisation de la différence et de la corporalité, et dans le rejet des abstractions idéalistes, qu’un plan crucial de convergence avec Stirner apparaît. La pensée de Deleuze peut être vue comme l’extension logique de la tentative de Stirner pour débarrasser la pensée des « spectres » de l’idéalisme et de l’essentialisme. Deleuze, dans son travail sur Nietzsche, se réfère à Stirner comme au « dialecticien qui révèle le nihilisme comme étant la vérité de la dialectique.[1] »[ii] Stirner tourne la dialectique sur la tête, en révélant comme son point culminant et son essence, non l’esprit de la Rationalité, mais l’égoïste, le corporel individu unique. La dialectique, pour Stirner, produit non la naissance d’idéaux grandioses, mais leur mort. Plutôt que d’être l’anéantissement de la différence et de la singularité, la dialectique est en fait leur triomphe final. Deleuze poursuit ce retournement de l’idéalisme et de l’abstraction conceptuelle. Cet article va explorer et développer ce plan de convergence, pour voir où cela pourrait conduire.

Je procèderai de la manière suivante : premièrement, je vais développer le concept de pluralisme empiriste au travers d’une discussion de la critique de la représentation chez Stirner et chez Deleuze. Deuxièmement, j’examinerai les implications politiques de cette critique de l’idéalisme, au fil d’une exploration du pouvoir étatique et de son oppression ainsi que de l’effacement de la différence individuelle qui le caractérisent. Troisièmement, j’essaierai de développer, d’après la pensée de Stirner et de Deleuze, une politique et une éthique de la multiplicité et de la corporalité au travers de la notion de singularité.


TEXTE INTEGRALEMENT DISPONIBLE ICI :  Saul Newman - Idealistic Studies - Deleuze and Stirner - Traduction.pdf

[1] Deleuze Gilles, Nietzsche et la philosophie, PARIS, PUF, 2003, p. 186.



[i] Il y a tout de même des exceptions. Voyez Andrew Koch, Max Stirner : The Last Hegelian or The First Poststructuralist, Anarchist Studies 5 (1997), pp. 55-107. Jacques Derrida se réfère aussi à Stirner dans son travail intitulé The spectres Of Marx : The state of debt, the work of Mourning and the New International, trans. Peggy Kamuf (New York : Routledge, 1994).

 

 

[ii] Gilles Deleuze, Nietzsche and philosophy, trans. Hugh Tholinson (London : The Athlone Press, 1992), p. 161.